Flickr et PhotosNormandie: un projet de redocumentarisation d’un fonds photographique historique

e projet PhotosNormandie a pour objectif d’améliorer la description documentaire d’un fonds de photos historiques sur la bataille de Normandie. Les 2763 photos qui y figurent proviennent des Archives Nationales des États-Unis et du Canada et ont été présentées sur le site Archives Normandie 1939-1945 mis en place par le Conseil Régional de Basse-Normandie. Elles sont libres de droits avec pour seule contrainte l’obligation de mentionner leur origine lors de toute utilisation.
De nombreuses légendes initiales des photos proposées sur ce site comportent des erreurs importantes, ce qui diminue grandement l’intérêt documentaire de cette collection accessible au grand public. À la fin de l’année 2006, Michel Le Querrec – co-responsable du projet – et moi-même avons donc décidé d’améliorer les descriptions de ces photos. Il s’agit d’une initiative développée par une équipe de passionnés bénévoles désireux de mieux valoriser ce fonds tout en augmentant sa visibilité. Nous avons utilisé pour ce projet les fonctionnalités de la plate-forme de partage de photos et vidéos Flickr.

Encapsulation des données
Le projet repose du point de vue technique sur l’utilisation d’informations associées à une image et communément appelées métadonnées IPTC. Il s’agit d’informations textuelles simples (Titre, Description, Mots-clés, Ville, Pays, etc.) stockées à l’intérieur de l’image numérique.
Lors du chargement sur Flickr d’une photo contenant des métadonnées IPTC, celles-ci sont automatiquement décodées et utilisées pour renseigner les champs affichés. Cette technique permet à la description textuelle de l’image d’être toujours disponible avec l’image et facilement réutilisable; il n’y a pas de risque de perdre des métadonnées, et l’utilisateur reste ainsi libre de la technologie utilisée pour l’exploitation de son fonds. Le travail rédactionnel demeure contrôlé en local puisqu’il est stocké dans les photos. Nous ne sommes pas captifs de la plate-forme de partage.

Une prise en main facile
Tout visiteur peut rechercher, afficher, télécharger les photos en haute définition. Pour commenter les photos, l’utilisateur ouvre un compte gratuit sur Flickr et propose alors ses corrections dans le champ “Ajoutez votre commentaire“. Une discussion peut s’établir entre les divers participants du projet et se termine par la validation éditoriale des modifications proposées.
La prise en main de l’outil est très facile, y compris pour les participants peu familiers avec les outils collaboratifs du Web. Le déploiement requiert un budget extrêmement faible (un seul compte Pro Flickr à 24,95 dollars par an) et ne nécessite aucun coût de formation.

Bilan documentaire
Au total, nous avons complété, corrigé et mis à jour près de 4900 descriptions. Ce nombre plus élevé que celui des photos s’explique parce que certaines légendes ont été corrigées plusieurs fois.
La typologie des améliorations peut être résumée ainsi :

  • identifications de localisation, de personnages, d’unités militaires ;
  • précisions de dates ;
  • précisions descriptives sur l’image ;
  • références : renvois à des livres, à des sites ;
  • identifications des photos censurées, des photos en couleur, des photos en doubles et des séries ;
  • contextualisations historiques : précisions sur un mouvement d’unité, une action, etc. en rapport avec l’image ;

Une part importante de notre travail actuel consiste à rechercher d’autres sources permettant de contextualiser les photos sur le plan iconographique et médiatique de l’époque : séquences filmées au même moment et au même lieu, autres photos de la même scène provenant d’autres photographes militaires ou de correspondants de presse, articles de journaux publiés à l’époque, rapports militaires, etc. Nous avons ainsi entrepris un réexamen des photographies de Robert Capa qui nous a permis, entre autres découvertes, d’identifier le célèbre photographe sur une photo de notre corpus. La majeure partie de ce travail n’est possible qu’à l’aide de sources et d’applications Internet très diverses.
Depuis janvier 2007, les photos et la galerie PhotosNormandie ont été vues 4 900 000 fois, ce qui correspond à plus de 3500 visites par jour. Le groupe Discussions sur PhotosNormandie compte 45 membres dont une dizaine participe régulièrement au projet en postant des commentaires.

Réseaux de compétences
L’un des intérêts du projet est de faire appel à des spécialistes aux compétences complémentaires. À côté des recherches et références classiques dans des ouvrages et magazines et de recherches intensives sur le Web, nous avons également sollicité les habitués de certains forums spécialisés. On peut donc distinguer, à côté de la production directe, une seconde strate dans l’organisation du travail. Elle est constituée par les contributions indirectes apportées par les utilisateurs des forums qui forment une sorte de réseau de second niveau. L’usage de Flickr a permis de contacter des participants inconnus avant le démarrage du projet et constitue une source importante d’informations.

Quelle légitimité ?
La question de la légitimité et de la validité des contenus générés par les utilisateurs est bien connue dans les cas de Wikipedia et du “journalisme citoyen”, mais ne se pose pas dans les même termes lorsque le crowdsourcing est d’envergure bien moindre, le sujet spécialisé et les méthodes différentes. Les participants réguliers au projet PhotosNormandie connaissent tous fort bien le sujet et possèdent de nombreux ouvrages et revues de référence. Ils ont aussi une bonne connaissance locale et familiale de ces événements et ont développé des compétences souvent pointues. Ce “noyau” de participants fonctionne comme un comité éditorial informel qui valide les informations proposées. Les critères sont simples : si une information provient d’une source publiée, on doit la citer ; dans le cas contraire, il est nécessaire de produire des éléments visuels (observation de la photo, autres photos similaires, films, plans, cartes) ou bien d’autres arguments provenant de témoignages directs ou indirects. Enfin, les informations plausibles doivent être explicitement mentionnées comme des hypothèses.
Le travail collectif effectué tient sa légitimité de la qualité et de la vérifiabilité des résultats obtenus. Il est très facile du reste de comparer les légendes produites avec celles qui figurent sur le site d’origine Archives Normandie 1939-1945. Ce projet est un work in progress. Il est conduit par des amateurs compétents, organisés collectivement. Les légendes de PhotosNormandie sont d’ailleurs reprises dans plusieurs ouvrages spécialisés.

Une entreprise collaborative de redocumentarisation
Flickr apparaît dans ce projet comme un outil intégré à d’autres usages du web (forums et autres sources d’information, recherche de documents de nature diverse, recherche par similarité, outils cartographiques, etc.) dans un processus de redocumentarisation, c’est-à-dire dans une entreprise collective qui vise à traiter à nouveau une collection de documents de façon à les enrichir de métadonnées nouvelles et à réarranger et relier leurs contenus ; il s’agit bien de reprendre le traitement documentaire d’un corpus iconographique grâce aux possibilités immenses ouvertes par les technologies numériques et Internet (pas seulement le Web social).

Il existe d’autres projets similaires. Un an après le démarrage de PhotosNormandie, la Library of Congress a mis en ligne sur Flickr et en partenariat avec ce dernier un ensemble de 3000 photos en sollicitant les contributions des visiteurs ; c’est le projet appelé The Commons auquel participent maintenant une trentaine d’autres institutions.

L’activité régulière du projet PhotosNormandie durant trois années a permis d’améliorer de façon substantielle la qualité des descriptions, et même de les enrichir d’informations probablement inédites. Ce fonctionnement efficace repose sur la simplicité et la souplesse de l’outil collaboratif qu’est Flickr, sur la qualité des intervenants, mais aussi sur un travail important de la part des co-responsables. Cet engagement doit être pris en compte dans tout projet de ce type. L’expérience acquise au cours de ce projet est très positive et certainement applicable à de nombreux domaines qui nécessitent la participation de spécialistes disséminés dans le monde entier.

Références

Une plate-forme sociale Web 2.0 pour la redocumentarisation de fonds iconographiques
in Traitements et pratiques documentaires : vers un changement de paradigme ?
Actes de la deuxième conférence « Document numérique et Société », 2008
Sous la direction d’Evelyne Broudoux et Ghislaine Chartron
ADBS, Collection : Sciences et techniques de l’information, 2008

Une plate-forme collaborative pour la redocumentarisation d’un fonds photographique historique, communication au symposium « L’histoire contemporaine à l’ère digitale » – Luxembourg, 15 et 16 octobre 2009, présentation disponible sur Scribd ou Slideshare.

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    By: Patrick Peccatte

    Patrick Peccatte, dopo una formazione in matematica e informatica, ha seguito i corsi di documentazione presso l’INTD-CNAM. Lavora nel mondo dell’editoria e dell’informatica documentale. Segue da alcuni anni le tecnologie XML applicate al testo elettronico e alle immagini digitalizzate. Attualmente consulente IFRA, autore e traduttore in epistemologia e filosofia analitica. Il suo blog personale è http://blog.tuquoque.com/

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